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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 14:32

Depuis la hauteur de la terrasse, elle laissait son regard s'attarder sur les toits de la ville, vue pas forcément séduisante par son manque d'originalité, mais... apaisante. Justement, de par son absence de pittoresque ou de grandiose, cette agglomération prenait un aspect de banalité, voire de "normalité".

 

Elle cherchait ce qu'elle pourrait bien faire en ce jour de repos, l'envie de vivre pleinement l'ayant reprise, maintenant qu'elle avait réglé les modalités les plus urgentes.

 

Elle avait fait la connaissance de l'employée de l'accueil de la mairie lors des différentes démarches administratives, et elle sentait que cette personne amicale allait prendre une place dans sa vie. Elle lui avait déjà souhaité la bienvenue et, de son sourire chaleureux, lui avait parlé des loisirs intéressants pour une jeune femme de son âge. Elle lui avait dit aussi qu'elle fréquentait la salle de sports, et que si elle avait envie de découvrir ce palais de la sueur et des calories à brûler, elle serait ravie de le lui faire découvrir.

 


 

Elle aurait bien été y faire un tour, à l'improviste. Mais, si elle n'avait pas peur d'y croiser cette amitié naissante, elle craignait se retrouver dans une succursale d'un club du troisième âge.

 

Son métier d'appoint, une permanence dans un centre socio-médico-pédo-psychiatrique, présentait l'inconvénient et l'avantage de lui offrir des plages de liberté en décalage d'une bonne partie des actifs.

 

Tant pis. Elle irait consulter les tarifs et les différentes options, en évitant de pénétrer dans les salles de cours.

 

Elle y fut en dix minutes, pas une de plus, pas une de moins.

 

En garant sa voiture sur le parking du bâtiment, un espace qui paraissait immense par rapport à la capacité de population de la ville, elle fut surprise, en s'extirpant du véhicule, d'y apercevoir une silhouette familière.

 

La corpulance trapue de l'agent immobilier, Benoît Cressini, était à quinze mètres d'elle. Il semblait se débattre avec un sac de sport qu'il cherchait à caser difficilement dans le coffre surchargé de son break de fonction.

Son costume faisait ressortir sa carrure peu filiforme. Elle devait passer à proximité, et elle ne voyait pas pourquoi elle l'aurait évité.

Il était probable que, pris dans sa bataille avec le sac-polochon, il ne la verrait même pas.

 

Elle venait de le dépasser quand elle se retourna.

 

-"Mademoiselle David!

- Oh, bonjour Monsieur Cressini!

- Tout va bien depuis votre emménagement?

- Oui-oui, j'ai bien pris mes marques. Vous venez ici en milieu de matinée?

- Oui, je ne commence qu'à dix heures, je viens donc me dérouiller avant de commencer mes heures de bureaucrate!".

Un sourire tout en dents accompagna cette affirmation. Il semblait plein d'auto-dérision, et ce n'était pas pour lui déplaire.

 

Il lui proposa de lui faire visiter rapidement le complexe sportif. Elle avait envie de décliner, au cas où le fait de se montrer accompagnée de ce vieux garçon lui collerait une étiquette sur le dos, mais, se dit-elle, au-delà de cela, elle pourrait faire de nouvelles connaissances et de plus, cela éloignerait sans aucun doute tout prétendant importun.

 

Le tour fut vite effectué. Les cours étaient déjà entamés, et Monsieur Cressini se contenta de lui expliquer la configuration des lieux, les modalités pour les cours, et le choix disponible.

 

Ils se séparèrent avec une bonne cordialité. Elle était ravie.

 


 

Il avait profité de cette opportunité de visite pour lui rappeler qu'il se tenait à sa disposition si elle avait besoin d'une aide, ou d'un conseil, relatifs à sa nouvelle installation.

 

Gentille gamine, vraiment.

 

Il se sentait regonflé à bloc. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait eu l'occasion de se sentir utile. Et, comme tout un chacun, il trouvait cela valorisant.

 

Exister, pour quelqu'un, en-dehors de son aspect économiquement fonctionnel.

C'était bien beau, d'être connu par toute la ville parce qu'il plaçait les gens dans leur maison, mais cela lui apportait rarement de la véritable chaleur humaine de la part de ses "clients". Une fois les transactions terminées, il se dépêchaient vite de le mettre à la porte pour prendre possession de leur "chez-eux".

C'était tout à fait normal, mais, parfois, une personne ou une famille lui donnaient envie de mieux les connaître, de les entendre parler d'eux.

 

Il se sentait crétin. D'être quasi-sentimental en filigrane de ses fonctions professionnelles commerciales. La solitude était en train de l'amollir.

 

Fort heureusement, tous ses contacts ne lui inspiraient pas autant d'amitié! La plupart, même, lui apparaissaient franchement antipathiques, et il partait de chez eux content d'être lui-même et seul, sans les envier le moins du monde. Cela l'aidait à supporter les autres moments, ceux qui le rendaient nostalgique de l'époque où il avait "une vie".

 

Foutue vie. Il la passait d'un état d'ennui à une lassitude profonde, toujours accompagné toutefois d'un faible espoir de voir cela s'améliorer. Et là... Il sentait comme un "quelque chose", de ces petits riens qui ajoutent au quotidien un sourire fugace mais néanmoins tenace.

 

Ses rêveries vs son masque professionnel, les jours prochains promettaient d'être amusants. L'âge lui avait apporté la lucidité sur les êtres, y compris lui-même. Et, quelque part, ça le rassurait.

 


 

Il cherchait la route qu'il était censé trouver, expliquée par son cousin avec l'assurance d'un "Tu verras, c'est simple!".

 

"Vach'ment simple", pesta-t-il intérieurement.

 

Sa semaine s'était écoulée à se déplacer continuellement, dans un périmètre restreint, certes, mais à se déplacer. Et, en ce samedi, ses neurones étaient abrutis de kilomètres avalés, et il ne savait plus où donner des roues, du volant et des vitesses.

 

Toujours rouler, jusqu'à ce qu'un point de repère montre le bout de son nez. Mais, en ces lieux ruraux, rien ne ressemble plus à un champ qu'un autre champ, parfois même pas distingués par des clôtures ou des cultures différentes. Il préférait sa petite ville pathétique à ces grands espaces trop monochromes.

 

Il allait retrouver sa famille plus éloignée, et s'apprêtait à passer son samedi dans l'admiration béate des enfants - qui ont tellement grandi!, devra-t-il s'exclamer en souriant -, dans le bonheur d'apprendre les promotions sociales des uns et des autres - félicitations! Je savais que tu y arriverai!, dirait-il à des gens dont il ne savait pas grand-chose -, dans l'emmagasinement de mets copieux, et, accessoirement, d'alcool pour "fêter ça", sans pour autant savoir ce qu'on fêtait exactement.

 

Il devait être de sacrée mauvaise humeur pour envisager cette journée avec autant de cynisme.

Il savait déjà qu'il serait le "vieux garçon" de la bande, le seul à venir sans compagne et qui, naturellement, serait tout disponible pour s'occuper des progénitures pendant que l'un servirait l'apéritif, que l'autre présenterait son nouveau-né, que d'autres iraient s'enquérir des nouvelles fraîches concernant Machin ou Truc, et, qu'épisodiquement, on lui demanderait de ses nouvelles d'une oreille distraite.

 

Il passerait la journée dans la hâte de retrouver la sérénité de son appartement.

 

Et pourtant, contrairement à ses a-prioris, il réussit à surmonter cet état maussade - l'écoute attentive de son "presque jumeau" de cousin, celui avec lequel il avait passé son enfance.

 

Il réussit à confier nombre de ses états d'âme de quadragénaire désabusé à cet "ami" en plein épanouissement personnel. La compréhension, parfois, ne venait pas toujours de ceux qui ont vécu les mêmes affres.

 

Il repartirait presque guilleret, alors qu'il aurait plutôt parié sur une ambiance guillotine.

 


 

à suivre...

 

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Published by Vert-de-Grisaille - dans Essai de roman - sans titre
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