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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 19:36

Enfin, elle était seule. Mais pourquoi éprouvait-elle le besoin de dire "enfin seule", enfin?!

 

L'état des lieux s'était bien déroulé, les informations étaient transparentes, et l'agent immobilier s'était montré attentif. Elle aurait même pu lui poser des questions sur les structures à proximité, il avait certainement l'habitude et cela lui aurait sans doute semblé normal.

 

Au lieu de ça, elle avait montré son visage muré et impassible. Tant pis! Elle se montrerait plus ouverte lorsqu'elle aurait résolu les quelques problématiques liées à son emménagement.

 

Elle alla chercher le seau et les produits d'entretien qui l'attendaient dans le coffre de sa vieille guimbarde, et se mit au travail.

 

Deux heures après, les sanitaires, cuisine, salle de bain, et les boiseries étaient désinfectés. Elle suait, elle avait envie de se laver mais voulait le faire dans un... "chez soi". Pas une maison vierge de toute intimité.

 

Elle ranga ses outils et produits de nettoyage, elle s'envoya un peu d'eau fraîche sur la figure et le torse en éclaboussant son tee-shirt, rajusta sa queue de cheval, et se massa quelques minutes les poignets en savourant de longues inspirations.

 

Elle se mit en route.

 

Elle subit un gros coup d'épuisement lorsqu'elle rentra dans son meublé. Elle s'allongea, et ses pensées se mirent à dériver vers le monde des souvenirs, de l'origine des événements à aujourd'hui.

 

Elle l'avait rencontré lorsqu'ils étaient étudiants, dans la grande maison en co-location. Un regard, et tout avait été dit. Cela ne les empêchèrent pas de retarder le moment où ils allaient passer à l'acte, et de nouer conversations et affinités. Au bout d'une dizaine de soirs à s'isoler pour parler, l'attente était devenue rude. Elle faisait la crêpe dans son lit, pile, face, pile, face. La mince cloison qui les séparait l'agaçait au plus haut point, et elle ne pouvait s'empêcher d'essayer d'écouter si l'insomnie l'atteignait lui aussi.

 

Et ce fut un matin qu'il la surprit. Réveil bulleux, elle se dirigeait machinalement vers le percolateur, et, d'humeur rieuse, il l'avait attrapée par la taille, soulevée, et assise de force dans le canapé. Il s'éloigna, puis revint avec deux tasses de café fumantes à la main, un sourire charmeur aux lèvres. Et là, elle avait craqué.

 

Cette histoire l'avait ensuite entraînée loin... Projets de vie commune jusqu'à la mort, exclusivité d'appartenance, bref, ils s'étaient enfermés eux-mêmes dans un moule, mais l'autarcie de leur relation avait fini par en entraîner la moisissure...

 

Etait-ce le moment de repenser à tout cela? s'ébroua-t-elle. Elle avait à faire une liste des achats "urgents", et prospecter un peu sur le web ce qu'elle pourrait bien trouver comme solution pour que les objets les plus volumineux lui soient amenés. Ainsi, elle n'aurait pas à dépendre des bonnes volontés de ses connaissances.

 

Le lendemain, dès neuf heures, elle se mit à arpenter les magasins repérés la veille, et se fit donc programmer la livraison d'un lit, de lampes, et d'électroménager. Les seuls objets pour lesquels elle ne pourrait attendre. Elle acheta également tout le nécessaire vital, allant du savon au papier toilette, du miroir aux voilages pour fenêtres.

 


 

Mercredi arriva vite. Elle attendait la livraison du mobilier, un bouquin à la main, l'ordinateur à portée de clic. Le compte à rebours commençait. Elle balançait entre agacement d'une lente attente, et plaisir de savourer la remise à zéro qu'elle pratiquait. Elle avait envie de se dégourdir les pattes, pas de rester ici en statique, et il faudrait qu'elle patiente.

 

Elle aurait volontiers trompé son ennui en conviant ses rares amis. Mais comment recevoir ainsi? Pas de siège, pas de table, juste quelques cartons avec des vivres en conserve et des sacs d'affaires, pas de quoi organiser même un pique-nique, ni même un simple apéro amélioré.

 

Son regard se tourna vers les brochures et informations communales qu'elle avait trouvé dans la boîte à lettres. Elle y fit un tri par ordre chronologique, jeta les plus anciennes dans le sac poubelle qui attendait librement qu'elle lui trouve un support, et essaya de s'intéresser au contenu de ces magazines.

 

Le premier qu'elle prit faillit la décourager. S'alignaient sur papier glacé les lugubres photos d'identités, dans un arbre hiérarchique, des politiciens locaux. Rien qui ne donne envie de lire.

 

Elle écuma les pages à la recherche des actualités et événements, dans l'espoir d'y trouver une date prochaine de vide-grenier.

 

Elle venait tout juste de trouver la page quand le camion arriva en faisant grincer le gravier de l'allée qui menait au pâté de maisons.

 

Les livreurs, un grassouillet réjoui au look de Mario Bros et un jeune homme ayant l'allure d'un adolescent ayant grandi trop vite, travaillaient avec rapidité. Après les formalités de politesse, ils appliquèrent la tactique "question/précision/action": "Et ça, M'dame, où ça va? Dans le coin, vous êtes sûre? Oui, très bien".

Leurs mouvements étaient ponctués des soupirs d'efforts que leur imposaient leurs manipulations, mais cette présence n'était pas désagréable. La maison vivait, des gens y venaient, sans qu'elle ne se demande ce qu'ils foutaient là.

 

Elle veillait, sans surveiller. Ca avançait vite.

La cafetière qui, elle, n'avait pas attendu la livraison pour trouver sa place dans la cuisine, tournait.

 

Elle participa du mieux qu'elle put pour leur faciliter le travail. Elle avait besoin de se sentir utile. Elle maintenait les portes ouvertes, elle anticipait la place de chaque chose, elle restait à portée d'oreilles pour répondre à leurs questions sur les emplacements.

 

Quand ils furent partis, elle admira un instant ce début d'aménagement et se secoua. Elle partit dans la zone commerciale de la ville voisine, afin de trouver quelques éléments de décoration, qui chasseraient l'aspect encore terne, presque inhabité, des murs.

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commentaires

Gon 30/05/2011 20:30


La suite, La suite !!!


Vert-de-Gris 30/05/2011 20:54



Je sens que cette "suite" va être mouvementée! Ca commence déjà sur un déménagement... et je connais mon imagination, donc je sais qu'un tel départ va déboucher sur quelque chose d'assez...
actif!



askelia 30/05/2011 20:19


je suis complètement dans l'attente de la suite!


Vert-de-Gris 30/05/2011 20:44



Wahouuu! C'est génial d'écrire en ligne, on voit directement si les personnages et les situations plaisent! Moins angoissant que de garder son manuscrit en réserve et s'inquiéter de la réaction
du lectorat!


Merci Alex, j'espère faire plaisir en me faisant plaisir, sur cette idée de roman en ligne!